Rattrapages 2015, on continue. The Machine nous vient de Rotterdam et sortait l’an dernier son cinquième album, dans un registre stoner bipolaire – un pied dans les jams, l’autre dans le heavy rock remarquablement écrit.

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Depuis une dizaine d’années, le stoner a lentement progressé en popularité sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs, l’un ayant pu entraîner l’autre : succès des Queens of the Stone Age ayant introduit ces sonorités jusque dans le crâne des indie-dudes et autres métalleux, reformation de cadors (Kyuss, Sleep), redécouverte sur le tard de disques fondateurs (Sleep encore), reconnaissance critique puis publique du travail de longue haleine de remarquables stakhanovistes (Clutch, Fu Manchu…), ouverture à la cause des programmations de festival de métal (Hellfest d’abord, puis tous les autres ensuite), développement d’un réseau live européen aujourd’hui bien charpenté (tourneurs, salles, public), … on pourrait continuer la liste, mais le fait est que le stoner et assimilés (doom, sludge, …) a le vent en poupe.

Quand dans les années 90 le mélange de lourdeur Sabbathienne et de riffs hard 70’s aux effluves psychédéliques n’entraînait qu’incompréhension ou délit de plouquisme, aujourd’hui monter un groupe de stoner est un excellent moyen d’attirer l’attention et de se produire rapidement sur scène, surtout si l’on arbore barbe, bedaine, t-shirts dégoulinants et compositions basiques et immédiates. On peut par exemple s’attarder sur le cas de Snail, groupe de Seattle qui a eu l’outrecuidance de sortir en 1993 un disque qui s’apparentait déjà étrangement à du stoner, pour ne récolter qu’indifférence et oubli précoce. 15 ans plus tard, le groupe se reformait et attirait soudain une attention nouvelle sur lui, preuve que le climat est aujourd’hui bien plus propice à ce genre musical facile à appréhender, au coefficient de sympathie intrinsèquement élevé et qui comble un besoin que l’indie-rock – salement échoué sur son flanc pop – et le métal – parti dans ses dérives les plus extrêmes – ne peuvent plus combler chez le quidam de base qui, et c’est bien légitime, recherche la jouissance facile par le volume sonore, la grasse rigolade et le riff « tellement énorme qu’on pourrait le dessiner ».

Problème : ces dernières années, les VRAIS bons disques de stoner se font rares. Les clones foireux, les fâcheux et les ternes se sont multipliés à mesure que les tauliers vieillissent, et la relève digne tarde à se faire connaître. C’est dans ce climat de saturation quantitative et de baisse qualitative que l’on cherche les disques qui en valent réellement la peine. Et en 2015, seuls une poignée d’albums auront trouvé grâce à mes yeux, au sommet desquels se détachaient indiscutablement ceux de Goatsnake et The Machine.

T’ayant déjà parlé du premier, me voilà avec plusieurs mois de retard pour te causer du second. Mais crois-moi, ça en vaut la peine même s’il faut bien l’avouer : sur Offblast!, The Machine cultive jusqu’à l’excès une impressionnante ressemblance avec Kyuss. Du moins sur ses titres les plus ramassés, qui forment le coeur d’Offblast! tandis que son introduction (Chrysalis, 16’25 ») et sa conclusion (Come To Light, 12’11 ») se laissent grassement et plus que nécessaire aller à une digression qui doit trouver son intérêt en live, et qui rappelle de son côté les très excessifs Earthless.

Pour le reste, les 5 compositions centrales (de Dry End à Off Course) se reposent sur un groove, une science du riff psychotrope et un sens de la dynamique qui tutoient les sommets jadis foulés par Kyuss. La première écoute plonge quelque peu dans l’embarras tant on se demande si tout cela n’est pas tout de même un peu malhonnête, mais les suivantes balaient ces hésitations : après tout, le rock’n roll est une affaire de truands et de copieurs éhontés, et bordel, ces titres sont tellement BONNARDS qu’on va quand même pas se compliquer la vie avec des réflexions et critiques dignes d’un fan d’indie-rock lâché sur la page Facebook de Coldplay.

Un mot sur le chant enfin, même s’il est copieusement noyé dans les effets : la voix de David Eering évoque plus Layne Staley que John Garcia, ce qui change agréablement des tessitures bien grasses qui inondent aujourd’hui le marché. Le résultat est sobre et hyper efficace, discret aussi puisqu’on doit cumuler quelque chose comme 5 mn de chant sur plus de 50 mn de musique. Pas de quoi déclencher une fatwa comme chez les intrépides Mars Red Sky, quoi.

Bref, nos 3 bataves ont décidément tout bon, et Offblast! est un disque admirable qui te rappellera pourquoi le stoner t’a un jour séduit avant de te laisser tomber, toi et tes envies d’évasion. Oubliés les tempi autoroutiers et les riffs standardisés, à la poubelle le fadasse dernier Clutch, le super pénible Elder ou le tout pourri Graveyard ; The Machine ramène l’excitation dans ton stoner.