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Mais nom de dieu, c’est quoi, en 2015, faire du psyché? C’est faire dégueuler les grattes d’effets? C’est noyer des voix maniérées dans l’écho? C’est faire le guignol avec des instruments dont on ne sait pas jouer? Aujourd’hui, le psyché, c’est comme le post-rock, la bien-pensance et le fascisme : le terme signifiant tout et rien, il finie par signifier n’importe quoi. Le psyché, c’est le nouveau terme chic pour désigner la musique qui sort des caves pour rejoindre les stades, c’est le nouvel « indé », le nouveau « garage ». Alors le psyché, c’est Tame Impala mais aussi J.C Satàn, c’est les premiers Brian Eno mais aussi le dernier Soft Moon. Il y en a assez. Devons-nous contextualiser, expliciter, mettre tous les albums du monde dans des cases dont ils ne doivent pas sortir?

Excuse-moi, cher lecteur, mais je sais ce que je fais. Je devais te parler, te dire tout ça, t’emmerder, parce que aujourd’hui, je ne voudrais pas classer les Myrrors dans un tag, une case, un genre. Mais voilà, ai-je seulement le choix? Car si je te dis que les Myrrors jouent dans la cour des violons électriques posés sur des paysages musicaux aux ambiances de fin du monde, qu’ils gèrent dans le domaine des six-cordes bien branlées, et que les morceaux répétitifs et transcendants de ving minutes, c’est leur trip, ça ne te dira pas grand chose. Alors que tout de suite, quand je te dis que la bande texane joue dans le game du space rock acide, du stoner lent en grande partie instrumentale, et malheureusement, du rock psyché, ça te parle plus.

Déjà, leur premier album/EP, sorti en 2008, et intitulé Burning Circles in the Sky, s’était retrouvé en rupture de stock et n’a été réédite que l’année dernière. Déjà, sur ce premier jet figuraient des morceaux géniaux, atmosphériques mais jamais brumeux. Déjà, le sommet du disque était l’interminable Mother of all living, 16 minutes de folie pure. Et les revoilà, sauveurs d’une année sordide, hérauts du space rock à l’américaine.

Découvert sur le tard, conseillé par mon entourage, le disque est sorti en début d’année, et devrait traîner dans mes oreilles au moins jusqu’au début de l’année prochaine. Les morceaux de Arena Negra se contentent de former un rock hypnotique, mais le font avec une justesse et un sens de la composition affûté. Jamais trop de bruit, jamais d’ennui semble être la devise des Myrrors, s’acharnant à répéter sans cesse la même formule sur leurs morceaux, enrichis par ce qu’il faut d’influences orientales et d’instruments inattendus : si le violon électrique y est omniprésent, la scie musicale s’y fait discrète, mais constitue un instrument vital pour la puissance sonore du groupe.

Forcément, ce disque très (peut-être même trop) homogène, qui contient quatre morceaux, se voit dominé par deux mastodontes. Autant les vignettes Juanito Laguna et Dome House Music sont parfaitement appropriées, autant elles sont éclipsées et n’apparaissent que comme des interludes face au massif The Forward Path, mais surtout, à l’ouverture éponyme, que je considère comme le meilleur morceau du disque : sa progression est lente, titanesque, et si toute sa puissance se révèle en moins de trois minutes, on ne s’ennuie pas une seconde sur ce monument de rock extra-terrestre.

Il est tout à fait probable que je m’extasie beaucoup trop face à un disque qui a le mérite de s’affirmer, de chercher sa propre voie, tout en offrant un véritable hommage à ses aïeuls comme à ses confrères. Que veux-tu, dans un océan de merde, même un brin d’air est à prendre.