Nous ne savons pas être libres. Nous réclamons une liberté qui doit coûter à l’autre mais sans rien lui abandonner en échange, voyant déjà là comme une entrave à nos libertés et à nos droits individuels. Nous sommes tous caractérisés aujourd’hui par un extraordinaire égoïsme. Or ce n’est pas cela la liberté. – André Tarkovski, pour boucler la boucle.

Sorti en 2015, Arena Negra des Myrrors m’avait foutu ce qu’on pourrait, avec un vocabulaire pompeux, nommer une petite gifle : j’avais été totalement transcendé par la folie, les envolées de ce groupe, héritiers d’un rock psychédélique méga-planant qu’on retrouve habituellement chez les Scandinaves, le tout allié à quelque chose de vaguement kraut (la partie planante de la choucroute, j’entends). Mais en plus de tout ça, j’y retrouvais parfois quelque chose d’éminemment personnel, voir d’émouvant, de prenant et de viscéral, malgré les violons électriques un peu baveux et un album un peu inégal. Et même si j’avais été un peu refroidi par Entranced Earth, que je trouvais globalement ennuyeux, je dois m’avouer vaincu face à ce nouvel album, Hasta La Victoria.

Les Myrrors viennent d’Arizona, et pour cet album, ils sont allés chercher au sud : de l’esthétique d’une pochette décidément très jolie à des thèmes très no-pasaran, l’album a quelque chose d’encore plus exotique que les précédents, un point qui culmine dans la magnifique « Tea House Music », sommet de ce nouveau disque. Pour le reste, rien ne change : comme d’hab, on plane à mort (la track-titre, aliénante à souhait), on balance des trucs plus rentre-dedans (« Somos La Resistencia »), en général le tout ressemble à un énorme trip, un trip lent, c’est vrai, mais un sacré trip quand même.

Que dire de plus sur le disque? Rien, en fait. Comme pour Arena Negra, cela ne sert à rien de partir dans des débats interminables ou balancer des conneries. L’important, c’est que cet album soit une belle petite crème psyché de plus, qui fera plaisir à tous les mecs avides de musique sèche mais généreuse, de révolution qui prend son temps, et de folie maîtrisée.