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Si l’on devait choisir deux mots pour décrire la musique des américains de The National, cela serait assurément urbaine et intime. Urbaine, elle l’est par son rythme monotone mais toujours sous tension et son association directe dans nos imaginaires à une balade hagarde en centre ville. Mais derrière la masse oppressante de la métropole, elle se fait intime en racontant la solitude, les problèmes récurrents, le tout sur un ton de confidence où les rôles de confesseur/confident sont partagés tour à tour par le groupe et l’auditeur.

Personnellement, le groupe ne m’a jamais touché autant qu’il y a bientôt 10 ans avec Alligator. Déjà, ce disque a été ma porte d’entrée dans l’univers du groupe. Ensuite, et surtout, la musique qu’il contenait était chaleureuse et précieuse comme elle le sera toujours, mais elle était aussi dotée d’un côté urgent, prêcheur, et instable, que le groupe a ensuite un peu relayé au second plan, préférant enrichir la partie acoustique voire symphonique de son discours, et combattre les problèmes plus par le fond que par la forme.

Encore plus que Boxer et High Violet, Trouble Will Find Me fait donc abstraction du côté épique habituellement sous-jacent à la musique du groupe pour amplifier l’aspect intime que j’évoquais au début. En équilibre, la voix toujours parfaite de Matt Berninger se fait elle encore plus chaleureuse qu’avant pour apporter ce regard nostalgique si touchant. Dans ce registre, The National a maintenant définitivement peaufiné jusque dans les moindres détails son vocabulaire construit sur des arrangements vaporeux mais touffus où les guitares électriques toujours brillantes de Aaron et Bryce Dessner viennent apporter quelques éclairs et aiguiser le relief général.

En conséquence de tout cela, Trouble Will Find Me est d’une fine homogénéité aussi bien rythmiquement qu’au niveau des textures et s’insinue donc tranquillement mais surement dans ta tête, te promenant calmement de l’introductif et très acoustique I Should Live In Salt à la comptine Hard To Find finale, très Bruce Springsteen dans l’intention, en passant par le tube Sea Of Love, parfait d’efficacité. Dans mon cas, c’est ce côté homogène qui me lassera du groupe un peu plus qu’à l’habituelle. Je comprends tout à fait que plus tout jeunes, les cinq orfèvres possèdent désormais un regard distant contenu dans un registre pudique et détendu. Cependant, j’ai presque, et ce sans remettre en cause l’honnêteté de ces gens, une curieuse impression de quelque chose de forcé qui apparaît au fur à mesure, comme si le groupe cherchait absolument à rester le meilleur ami de tes moments solitaires, quitte à en faire un peu trop. Par cet aspect, la musique produite se détache alors un peu de ce que j’attends d’elle, car trop cadrée et prévisible, bien qu’elle semble toujours si habitée dans sa version concert.

A l’instar d’une bonne série où les premières saisons te tiennent hors d’haleine et les dernières se reposent sur notre affection pour les personnages en ne faisant plus autant avancer l’histoire mais en nous procurant un bonheur toujours particulier, cet album est loin d’entrer dans mon panthéon personnel du groupe mais restera un compagnon occasionnel de longue date, ce qui est déjà beaucoup, et rare.

Artiste : The National
Release : Trouble Will Find Me
Date de Sortie : 21/05/2013
Label : 4AD
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