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Si tu traînes un tant soit peu dans les salles obscures, tu as récemment vu ou au moins entendu parler du film belge Les Ardennes, premier effort du réalisateur Robin Pront où l’on s’est fait une joie de retrouver l’actrice Veerle Baetens quelques années après son rôle dans le déchirant Alabama Monroe. Et tout comme dans ce dernier, le cadre de vie et les rapports humains décris dans Les Ardennes n’ont rien d’ensoleillés ou de rafraîchissants et sont transis d’une violence certaine qui rend bien sur pellicule mais qui ne fait pas rêver. Les rockeurs belges proprets de The Scrap Dealers n’ont, en tout cas au niveau artistique, rien à voir avec ces deux films si ce n’est leur nationalité, mais je n’avais pas d’autre accroche sous la main, et puis il fut une époque où SWQW ne se destinait pas uniquement à parler de musique.

Tu l’auras donc compris, le quintet dont je te parle aujourd’hui vient de Belgique, de Liège plus précisément, et officie du côté d’un rock fiévreux que l’on qualifiera aisément de psychédélique voire de garage. Rien de neuf sous le soleil de la bière donc, si ce n’est que les chansons sont presque toutes excellentes et que le groupe est tiraillé entre ses envies de grands espaces et ses velléités à écrire des tubes pour midinettes lookées et barbus à lunettes. Cela fait peur dit comme ça, mais du coup ça donne un album varié et puis merde, les refrains faciles et les suites d’accord épiques ça fait toujours chaud au cœur et ça peut servir dans une playlist estivale entre un Cult Leader et du Eric Holm, au moins pour faire plaisir aux copains/copines/voisin(e)s/covoitureuses.

On trouve donc d’un côté trois compositions assez longues qui aiment se perdre dans les envolées de guitares, et trois chansonnettes bien troussées. La première catégorie de morceaux m’aura rappelé des choses comme Apse ou Grails, en particulier sur la marche conquérante Walking Alone qui évoque bien des esprits. Sur le titre final, on n’est plus très loin des Warlocks et le bouchon psychédélique est poussé encore un peu plus loin, jusqu’à l’épuisement même, et fait transparaître l’influence que je trouve prépondérante sur la musique de The Scrap Dealers, et d’autant plus sur les moments les plus pops, j’ai nommé la clique d’Anton Newcombe et de ses sous-fifres de The Brian Jonestown Massacre. Le morceau Keep My Silence Safe pompe d’ailleurs plus ou moins le riff de Satellite avant de s’envoler sur un refrain catchy au possible devant lequel je n’ai personnellement pu imposer aucune résistance. L’influence transparaît de façon générale un peu trop mais la musique respire la sincérité alors tu fermes les yeux et tu prends ton pied pépouze sans trop la ramener.

Tu auras sûrement plus de références que moi parmi les groupes à la mode pour citer une bonne centaine de formations qui pratiquent une musique très proche de celle de The Scrap Dealers, je n’en ai aucun doute. Mais en ce qui me concerne, j’ai trouvé dans ce After A Thousand Blows un paquet de bons moments musicaux qui n’ont pas à rougir de leurs concurrents et de leurs pères spirituels. Et si cette musique respire l’Amérique, on retrouve dans ces six morceaux cette capacité qu’ont pas mal d’artistes belges de se donner à fond et de communiquer leurs émotions sans trop se poser de questions. Et quoique mon aigritude en pense, c’est toujours assez cool à entendre.

Artiste : The Scrap Dealers
Release : After A Thousand Blows
Date de Sortie : 05/02/2016
Label : JauneOrange
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