Putain, il a recommencé.

 

 

Souvenir : en 2015, The Soft Moon sortait Deeper, album sincère et cathartique, du post-punk indus violent et bourrin. J’avais chroniqué l’album à sa sortie, dans un texte élogieux qui annonçait la suite : « The Soft Moon s’invente un futur ». Et effectivement, trois ans plus tard, le revoilà avec Criminal, album qui reprend les choses là où il les avaient laissées : dans le foutre et la boue, dans les percus qui tabassent et la réverb’. Et dans l’introspection, encore.

Aveux avant même de lancer l’album : on a sous les yeux la première pochette du « groupe » (un one-man-band, en fait) à montrer la tronche de Luis Vasquez. On le déclare, cet album sera, comme le précédent, l’occasion pour le monsieur de parler de lui et de se livrer. Autre truc à remarquer, la pochette porte la pâte visuelle toujours aussi stylée de Sacred Bones Records, label aux sorties bien sûr inégales mais qui conserve une rigueur, une classe, une ligne éditoriale élégante malgré des machins très variés : de Jim Jarmush avec Jozef Van Wyssem à Pharmakon en passant par Marching Church, side-project étonnamment convaincant du leader de Iceage. Excusez la digression, elle est nécessaire : Passer des très bankables Captured Tracks (mais qu’est-ce qu’il foutait dans cette galère?!) à une écurie comme Sacred Bones, c’est la classe, c’est un geste quasi-politique, et on pourrait penser que le son de The Soft Moon en ressortirait changé.

 

 

Il n’en est rien. Ou un peu, quand même. L’écoute de ce nouvel album de The Soft Moon est rassurante, encourageante, parce que le bonhomme évolue lentement mais surement, discrètement malgré sa musique bruyante. On est toujours dans un territoire coincé entre l’indus le plus bourrin et quelque chose de plus post-punk, mais c’est peut-être encore plus assumé. Finalement, la seule évolution qui se confirme vraiment, c’est l’éloignement des débuts vaguement krautrock, et c’est pas forcément un mal, vu que ces débuts sont vaguement chiants. L’influence de Nine Inch Nails et des Sisters Of Mercy par exemple est toujours aussi présente, bien que, plus que jamais, Vasquez s’émancipe de ces influences pour laisser parler ce truc que les autres n’ont pas forcément : de l’âme, de la sensibilité.

Parce que, on l’a dit, dans sa musique, Vasquez se livre. Et à ma grande surprise, il va encore plus loin qu’avec Deeper, qui était déjà un livre ouvert sur ses angoisses, son instabilité, sur la dépression et la haine. Plus rythmé et moins contemplatif que Deeper, Criminal est amère, violent, il déborde de colère, et ce dès ses premiers morceaux, les impressionnants « Burn » et « Choke », et surtout le cruel « Like A Father », peut-être le meilleur morceau de l’album. Finalement, l’album est tellement impressionnant que quelques soucis sautent aux yeux : esthétiquement un peu moins bien poli que Deeper, l’album manque de morceaux plus « calmes », là ou le précédent savait parfaitement doser les claques et les morceaux plus soyeux. Dans cette catégorie, on retiendra « Give Something » et « Young », magnifique morceau au final dantesque. You remind me of when i was yooouuuung!

 

 

Mais on fera avec, franchement. Le plus important, c’est ce que nouvel album est un nouveau pavé dans la gueule, ultra cohérent, à la production toujours aussi impressionnante, à l’écriture soignée sans jamais sonner fausse ou forcée. Criminal, présenté comme « une confession », c’est surtout une confirmation : The Soft Moon est l’un des projets qui m’excitent le plus actuellement, et il procure le plaisir rare d’avoir l’impression d’écouter quelque chose de vrai.