The Telescopes, perdants de la vague psyché des années 80? Ou alors ils sont apparus trop tard, en 1989, alors que le Brian Jonestown Massacre s’imposait, que le shoegazing se dreamy-sait et que Spiritualized démarrait? Le groupe m’était après tout tout à fait inconnu jusqu’à il y a quelques semaines, ayant été un peu trainé à La Bulle Café, à Lille, pour une date les associant aux allumés punks/no-wave de Arrows Of Love et au classe mais pompeux Koonda Holaa. Un concert hallucinant, bien construit et qui n’a semblé durer que le temps d’un long morceau hypnotisant.

Alors, que valent The Telescopes sur disque? De la balle. La musique du groupe, très cérébrale, se déploie sur des morceaux relativement courts pour du space rock : un seul morceau de plus de six minutes, beaucoup de chansons de trois ou quatre minutes. L’album lui même est court, avec 38 minutes au compteur et une teinte musicale sans trop de nuances mais réalisée avec un talent d’orfèvre. En fait c’est ce ton général, sur l’album, qui me plait : un disque lancinant et qui ne cherche jamais à égarer, mais plutôt à envelopper, une musique droguée, ou on entend parfois à peine le chant, notamment sur le premier morceau, « All The Way Around (Tout Est Dans Le Moment) », dont je ne distingue les paroles que des semaines après avoir écouté ce disque pour la première fois. Et pourtant quand même un disque de chansons, un disque de mélodies, en particulier le single « Until The End », qui rappelle quasiment le dernier Toy.

 

 

Ces partis pris, auxquels il faut ajouter le fait que l’album n’est jamais proprement noisy, m’ont énormément marqué, bien qu’on reste ici dans une musique proche de ce que proposent d’autres formations du même genre, avec qui on pourrait aisément comparer The Telescopes. Pour parler de choses contemporaines, on pense aussi bien ici, pour donner une comparaison contemporaine, à une version moins expérimentale des Myrrors, référence évidente de la scène psyché actuelle, et d’un autre côté, à la partie la plus apaisée de Suicide. Mais honnêtement, si il y a une comparaison qui fait sens, c’est bien une comparaison avec un groupe que je considère de plus en plus sérieusement comme le meilleur groupe de space rock de tous les temps : Spacement 3. Tout ici, ressemble à un rejeton de Spacemen 3, sauf que le plus beau, c’est que ça semble pourtant totalement naturel, l’imitation sonne si accidentelle qu’on se laisse totalement prendre au jeu de ces chansons comme écoutées ailleurs, mais interprétées ici avec une fougue et une intelligence folles.

J’en dirais pas beaucoup plus : il me semble l’avoir déjà dit, le rock psyché (au sens très large) n’est pas forcément un genre qui se prête à beaucoup d’explications quand on se livre à l’exercice de la chronique. Il y a dans ce genre toute une affaire d’interprétation personnelle et de mystère, surtout dans ce disque à l’ambiance parfois mystique. En somme, un album brillant, mémorable, dont on voit le potentiel immédiatement et ou on semble découvrir quelque chose de nouveau à chaque fois.

 

 

Exploding Head Syndrome est sorti le 1er Février sur Tapete Records.