Après une discographie remarquable, Timber Timbre s’embourbe dans un disque mou et peu excitant. Chronique d’un album même pas si désastreux, mais tout de même bien en deçà de l’excellence habituelle des canadiens.

Timber Timbre était, à la sortie de son précédent album, Hot Dreams, un des plus grands groupes du monde. Si je connais peu les trois premiers albums du groupe, je dois avouer que Creep On Creepin’ On m’avait carrément plu, et que Hot Dreams, surtout, sorti en 2014, m’avait tout simplement bouleversé. On avait ici un album monstrueux, un monument de rock vaguement désenchanté, à l’ambiance soignée, aux instrumentations d’une finesse remarquable. Hot Dreams, c’est un album que j’écoute encore énormément, qui me hantera encore longtemps, et que je met sur un piédestal aux côtés de reliques d’un rock noir, celui de Tindersticks, voir du Nick Cave de la fin des années 90.

Alors j’étais forcément très heureux en apprenant la sortie de ce Sincerely, Future Pollution, avec sa pochette et son titre qui évoquaient déjà une ambiance cinématographique. Puis ça aura été de plus en plus inquiétant : d’abord, un premier single finalement plutôt classieux, mais à première vue pas forcément excitant. Puis un autre, carrément nul. Et lorsque sort l’album, c’est directement la douche froide : on a bien du mal à sortir quoi que se soit que cet objet informe, qui semble avoir été créé rapidement, sans prendre le temps de laisser les chansons se former. Sincerely, Future Pollution n’est pas du tout la claque attendue. Parce qu’il est décevant. Parce qu’il est quand même un peu raté.

Il y a, parfois, dans ce magma de synthétiseurs datés et de riffs beaucoup trop référencés, le cœur d’une ou deux belles chansons. On sauvera désespérément de ce disque deux vrais grands morceaux, un « Western Questions » plutôt bien foutu, et le décidément très classe « Sewer Blues », et on avouera que ici ou là, quelques éclats de gratte ou quelques compos sont tout de même assez réussies. Mais pour le reste, on a là quelque chose de malheureusement assez chiant, un genre de Stevie Wonder triste sans la classe de Stevie Wonder, une sorte de B.O de polar générique jouée par un groupe sans cohésion.

Surtout, on garde la désagréable impression d’un album véritablement bâclé, et ce dès l’entrée en matière, le vaguement insupportable « Velvet Gloves & Split », qui résume très vite ce qui fout l’album en l’air : le kitsch, le mauvais goût, le too much. Timber Timbre en a toujours fait trop, et le groupe est toujours passé à deux doigts du désastre, mais parvenait par un tour de passe-passe génial à transformer des tracks fragiles en instants de grâce. Ici, on tombe complètement dans l’excès, avec, notamment, des claviers particulièrement immondes et une production insupportable (le traitement de la voix, en particulier, est souvent insupportable, baignant dans une prod 80’s toute kitschouille).

On est ici très critiques, très méchants, mais le problème, c’est qu’il n’y a pas grand chose à sauver dans ce nouvel album. A tel point que j’ai décidé de les snober lors de leur récent passage au Grand Mix, Tourcoing, m’attendant à un étalage de morceaux froids. Mais le groupe a beau plonger dans les abîmes du mauvais goût les deux pieds dedans, je ne peux m’empêcher de continuer à croire en Timber Timbre. Et j’espère sincèrement que Taylor Kirk et ses deux compères, responsables du parait-il très réussi projet Last Ex, sauront sortir de la lourdeur synthpop de ce dernier album pour retourner à ce qu’ils font de mieux : des chansons de folk hantées.