Tu croyais qu’on allait partir en vacances sans te mettre dans les pattes quelques disques garantissant un été réussi de jouissance sans entraves ? C’est bien mal nous connaître. On commence par Titanic, qui a sorti ce printemps un disque solaire et recommandé pour la baignade chez l’incontournable label palois A Tant Rêver Du Roi.

Bon, je ne vais pas te mentir : la première impression qu’on ressent à l’écoute de Every Summer I Drift, c’est qu’on a déjà entendu ça quelque part. On pense en fait tout de suite à Thee Oh Sees, ce qui m’a personnellement bien refroidi dans les premières minutes. Les passages binaires pied au plancher, les « woo-hoo » sur les refrains, tout l’attirail garage moderne y est. « Bordel, encore un ?! Vous en avez pas marre ? », n’est-il pas interdit d’exclamer. Mais je suis là pour t’encourager à pas te barrer en courant, parce qu’il y a quelque chose à creuser, ici.

Déjà, on se dit en se relevant d’en-dessous de la table où on avait trouvé refuge au lancement du disque sur la platine, que c’est pas si mal, d’évoquer de suite les meilleurs de la catégorie (les Oh Sees, donc, ou Ty Segall et plus généralement les plus doués des rejetons san-franciscains de John Dwyer). Puis on y revient, une fois, deux fois, et on se prend au jeu car l’album est tout simplement super bien foutu.

Si l’enregistrement est globalement moins pro et puissant que chez les Oh Sees d’aujourd’hui, c’est aussi ce qui permet à une certaine fraîcheur surf-pop d’aérer les couplets de chaque composition (avec parfois un petit côté rebondissant façon Ramones pas désagréable). Ce qui n’est pas un mal, car ça évite de s’enfiler à la suite une dizaine de brûlots garage-punk dont rien ne dépasserait – précisément ce qui fatigue rapidement chez tous les Oh-Sees-wannabes du monde. On pense alors aux excellents italiens de Go!Zilla, autres bipolaires notoires, car le disque est varié, ou plutôt un peu le cul entre trois chaises.

Ce caractère composite se manifeste donc par le bon vieux schéma couplets lights / refrains distordus. Simplicité apparente donc, mais techniquement, le groupe maitrise les contrastes de manière assez impressionnante (pour s’en convaincre, prêter attention aux détours de Must Mean Something). Techniquement c’est carré, ça paraît simple mais ça rigole pas trop quand même, et parfois même, ça groove sans en avoir l’air (The Good, The Bad & The Other, attention : tube). Les capbretonnais excellent aussi dans cette invasion de distorsion sur les refrains plaqués de volées stoner bien vilaines, ce switch 0->1 dans lequel Ty Segall est passé maître – Titanic s’approche d’ailleurs d’assez près de ce délicieux son granuleux et super-patator.

Donc rien de neuf, hein. Mais bon, la seule chose que peut faire un bon disque de rock aujourd’hui est de parvenir à sonner frais et excitant, tout en sonnant objectivement exactement pareil que le disque d’avant et celui d’après. Toi-même tu sais, on n’est jamais que des bourrins sensibles à la recherche perpétuelle de la petite étincelle, pas vrai ? Eh ben là, tu vas la trouver. Louons alors cette capacité à enchaîner les poncifs rock’n roll et en particulier cette énergie injectée dans des compositions par ailleurs très inspirées.

Au final, tu sais à quoi on pense après quelques tours de disques ? Un peu plus au dernier album de J.C. Satàn, pour l’alliance stoner/mélodies, acoustique/mur du son, sensibilité pop/manières de bûcheron. Alors cette synthèse du bruit et de la douceur, finalement, ne serait-ce pas un peu La République En Marche du rock’n roll ? HA. Les boules. Allez, l’essentiel, c’est que Titanic évite tous les icebergs pour arriver à bon port, même si – comme pour les plus vilains jeux de mots – cela passe par quelques facilités de style.