Non, Tropical Fuck Storm n’est ni un tout nouveau groupe Nantais de math-rock qui hante les caves de France et de Navarre, ni un obscur projet gore-grind d’Europe de l’est découvert à l’Obscene Extreme cette année. Car TFS nous vient d’Australie, et son arbre généalogique a son tronc ancré dans The Drones, une des entités les plus solides et sérieuses du rock indé de ces vingt dernières années. Les deux groupes partagent en effet le même incroyable leader Gareth Liddiard et la bassiste Fiona Kitschin, accompagné.e.s cette fois de deux autres musiciennes de la scène de Melbourne, officiant elles chez High Tension, Harmony ou encore Palm Springs.

 

 

Histoire d’arrêter rapidement d’évoquer les Drones, précisons d’entrée que la musique proposée par A Laughing Death in Meatspace se situe dans la lignée de ces derniers, mais sur des formats un peu plus courts et directs, avec une diversité apportée par des voix féminines qui s’équilibrent bien avec celle du chanteur (quand même) principal. Le résultat est un peu moins bavard qu’à l’accoutumée, l’union des voix sur les refrains fait à chaque fois mouche, et les contrepoints apportent beaucoup de rythme et de dynamique le reste du temps. On pense toujours à ces grandes gueules cultes Australiennes genre Nick Cave ou Kim Salmon (The Scientists), mais avec un côté chorale pop foutraque à la Man Man (référence top qualité pour moi) bien jouïssif (Chameleon Paint).

 

 

Armé de ces voix rutilantes et de guitares autant caressées que maltraitées, la troupe peut alors dérouler son inspiration sur un peu tous les grooves qui lui passent par la tête, qu’ils possèdent une sécheresse presque noise-rock comme celui d’Antimatter (qui aurait mérité une batterie un peu plus en avant pour vraiment faire honneur au travail de la batteuse Lauren Hammel) ou un côté tribal bien assumé comme celui de Rubber Bullies, un peu à la The Ex. On peut d’ailleurs rester un moment sur ce morceau de clôture, car il est la preuve frappante du talent qu’a le groupe à faire grimper la tension et l’intensité à partir d’un unique motif rythmique répétitif. Alors, au bout de quelques minutes, puisant dans leurs racines punks la capacité à faire rugir les guitares et les voix un peu plus que chez un groupe pop/rock lambda, nos quatre ami.e.s font tout éclater dans une joie des plus contagieuses, pour conclure ce disque sur une question dont on a hâte de connaître la réponse :

Oh how why
Time seems to fly
Oh how why
Where we going now?

 

 

Ces moments cathartiques, le disque en compte un certain nombre, et ils font partie des choses que l’on retiendra le plus, au même niveau que la jolie alliance entre les différentes voix et la liberté artistique globale. Pour les côtés extra-musicaux, tu auras par ailleurs déjà remarqué ce fameux et magnifique nom de groupe (qui est aussi celui du label fondé en 2015 pour sortir les dernières choses des Drones), cette pochette attachante, et ces vidéos intrigantes mais réussies. Le tout témoigne d’un groupe ayant abandonné le concept de barrière sur à peu près tous les fronts pour fournir en fin de compte un nouvel écrin qui a vraiment fière allure autour du songwriting de Gareth Liddiard. Le plaisir d’abord, et pour toujours.

 

 

Artiste : Tropical Fuck Storm
Release : A Laughing Death in Meatspace
Date de Sortie : 04/05/2018
Labels : Tropical Fuck Storm Records, Mistletone, Joyful Noise Recordings
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