Textures, ce groupe néerlandais qui produisait un death-metal progressif « émotif » de qualité décroissante, ne sera bientôt plus. Une tournée d’adieux est programmée cet automne, et salut tout le monde, dankjewel.

Suite à des défections en série dans le groupe et, subséquemment, deux derniers albums assez nazes (le changement de chanteur, cette épreuve impitoyable), on peut dire que ça sentait fort le pâté pour Textures ces dernières années. Cette séparation n’est donc pas surprenante, mais quand même, ces trois premiers albums bien balèzes avaient fait leur petit effet et les groupes de métal européens de ce niveau ne sont pas si nombreux – alors on était un peu tristes.

Quelques moi plus tard, nos larmes s’assèchent définitivement. Le bassiste originel du groupe vient en effet de réapparaître dans Ulsect, nouveau groupe dont le premier album nous occupe aujourd’hui. Ulsect compte également deux membres de Dodecahedron, encore un groupe batave de qualité supérieure qui a sorti un album cette année, et tricote lui un black-noise-metal explorateur, exigeant et un poil hermétique. La musique d’Ulsect est en tout cas plus abordable, puisqu’on se retrouve face à un death-metal « mélodique » (je prends des pincettes parce que le chant est bien saturé constamment, c’est la guitare dite lead qui amène la mélodie) plus classique mais qui évolue à un niveau de qualité d’écriture assez déconcertant. Death « progressif », même, allez, mais dans le sens noble du groupe qui enchaîne les plans et les ambiances sans trop surveiller la montre, parce qu’il n’y a ici pas de place pour la branlette.

En fait, voilà : il y a du Gorguts chez Ulsect, avec des contrastes moins marqués et plus de simplicité. On pense aussi fort à Opeth, disons période Blackwater Park / Deliverance, les embardées acoustiques et les soli en moins et la filiation à Textures en plus. D’Opeth, ils ont la capacité d’écriture de titres évolutifs aux structures plutôt complexes mais qui coulent tout seul, avec cette faculté d’articuler des belles progressions d’accords entre des plans purement death composés de riffs délicieusement dissonants et de charges d’une puissance bienvenue (en prime, le pattern rythmique de la fin de Diminish évoque furieusement celui, mythique, de la fin de Deliverance, tube parmi les tubes d’Opeth – un hommage, à n’en pas douter). De Textures, ils ont le goût de ces petites cavalcades presque black-metal qui charment toujours les invités, et cette faculté à superposer des plages ambiantes et des hooks de guitare tristounes sur des rythmes martiaux, preuve du bon goût du maître de maison.

Non, vraiment : c’est du super taf, là.

L’équilibre entre richesse instrumentale et fluidité du rendu est admirable, probablement aussi en partie grâce à une excellente production – qui donne tout à entendre distinctement, mais toujours recouvert d’une sorte de halo de spleen mat qui nous dispense du son clinique de trop de disques de death. L’album est excellent de bout en bout, mais si on devait retenir deux moments ce serait probablement les huit minutes assez dingues de Our Trivial Toil (l’intensité dramatique atteinte sur le « refrain » dresse les poils) et l’impitoyable tuerie qu’est The Endling. Allez, rajoute l’imparable Diminish et puis, tant que t’y es, écoute tout plusieurs fois, va. Le résultat est si homogène qu’à écouter le disque en boucle, on ne différencie plus vraiment les pistes et certaines progressions mélodiques semblent assez proches d’un titre à l’autre. Pas grave, quand on est à ce niveau on pardonne volontiers quelques ressemblances.