The title, Quocumque jeceris stabit, comes from the famous inspiration phrase that loosely translates in English to « Wherever you throw it, it will stand » – a testament to the resilience and adaptability of Uzeda.

 

 


Voilà quelques mots qui figurent sur le bandcamp d’Uzeda, comme accompagnement utile et assez parlant au premier album du groupe en 13 ans. On trouve au même endroit mention du festival organisé l’année dernière par le groupe pour ses 30 ans dans ses terres Siciliennes, et qui avait accueilli entre autres (dont les très conseillées formations Italiennes Tapso II et Three Second Kiss) les venues exceptionnelles de June Of ’44, Shellac, The Black Heart Procession et The Ex. La référence à ce petit week-end, on l’imagine assez inoubliable pour ses participants, permet de placer le quatuor au beau milieu d’une fresque passionnante construite dans les années 90 par des groupes aussi exigeants musicalement que punk (à défaut d’autres termes) dans l’énergie et l’engagement. Et on peut s’estimer chanceux que vingt ans plus tard, cette fresque continue de s’enrichir, que cela soit côté disque, ou côté scène.

 

 


On est en juillet 2019, l’Etna est en éruption, quelques jours après le réveil du plus beau volcan musical de Sicile. Coïncidence ? En tout cas, Quocumque jeceris stabit est le 5e album de ce quartet originaire de Catane et comprenant quatre membres aux personnalités aussi singulières que complémentaires, entre le côté patibulaire de la section rythmique (à la précision néanmoins implacable) et les aspects plus bouillonnants et tout en contraste du guitariste et de la chanteuse. Couple à la ville, tu peux d’ailleurs également retrouver les frasques de cette formidable paire sur les disques et les concerts de Bellini, leur formation transatlantique (dans laquelle on y trouvait le batteur de Don Caballero, puis désormais celui de Girls Against Boys), peut être un peu plus accessible musicalement, car moins rêche, qu’Uzeda.


D’ailleurs, si il faut identifier une spécificité à cet album en comparaison de ses prédécesseurs, cela serait sûrement son côté mélodique, plus affirmé qu’à l’accoutumée. Car si le groupe a toujours balancé entre math-rock tortueux école US Maple et choses plus directes, ce nouveau disque fait clairement la part belle à cette deuxième catégorie de morceaux. Par exemple, un titre comme Mistakes, qui s’inscrit pourtant totalement dans le dictionnaire du groupe, est surement une des choses les plus instantanément tubesque que le groupe ait pu produire. Et on peut dire que c’est assez jouissif de voir la magnifique force de frappe du groupe se diriger sur des objectifs mélodiques assez assumés, où les instruments se placent vraiment en soutien de la chanteuse, soulignant ses changements d’intensité vocale et de timbre.

 

 


Car oui, si tout le monde est toujours aussi bien à sa place et rayonne toujours autant dans Uzeda, Giovanna Cacciola ne peut s’empêcher une nouvelle fois de nous scotcher à chacune de ses interventions. En vraie conteuse, elle te promène avec passion au milieu des paysages dessinés par son groupe, tout en en magnifiant constamment les contours de celui-ci. La production (assurée comme d’habitude par Steve Albini) est son parfait allié, tant l’aspect brut et naturel du rendu sonore sert l’histoire qui nous est transmise, en nous plongeant les oreilles directement dans la salle d’enregistrement avec le groupe, la tête dans la batterie, un peu comme si le concert était en cours, et qu’on avait pu se faufiler au premier rang.

La voix de Giovanna, au milieu de tout ça, n’a jamais paru aussi vivante, se cassant parfois, se faisant vraiment perçante par d’autres moments, unique et parfait vecteur des émotions que le groupe cherche à transmettre. L’impact du groupe sur l’auditeur ne s’en fait que plus important, et quand le groupe entre en fusion, comme sur Nothing But The Stars, on ne peut que fondre avec lui. Quand le tout se fait plus intriguant et calme, tel que sur Red, on est pendu aux lèvres de la chanteuse, le corps et le cœur à l’affut de la charge finale qui libèrera enfin toute la tension génialement accumulée.

 

 


De tous les points de vue possibles et imaginables, on ne peut que reconnaître une patte inimitable à Uzeda dans le paysage rock mondiale. Et si le langage premier du groupe tire son vocabulaire du noise-rock 90’s, la plus grande force de ce disque est de dépasser ce carcan pour proposer une musique universelle évoquant les peines et tristesses que chacun peut rencontrer. Sous un format très court, 8 titres pour 31 minutes, Uzeda se dresse face à nous, fort de toute son expérience, pour nous balancer parmi les plus belles pages de musique que le groupe n’ait jamais écrite, et sûrement parmi les plus belles choses que ta route pourra croiser cette année. Quocumque jeceris stabit.

 

 

Artiste : Uzeda
Release : Quocumque jeceris stabit
Date de Sortie : 12/07/2019
Label : Temporary Residence Ltd, Overdrive Records
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