verdun_eternal

Si tu farfouillais dans les chroniques apparentées doom/sludge que j’ai pu écrire ces dernières années, tu te rendrais compte que j’ai pu citer un nombre assez incroyable de fois les montpelliérains de Verdun comme l’exemple parfait de tout ce qu’il fallait faire dans le genre, à l’inverse de ce qui est d’ailleurs souvent entrepris par les innombrables groupes qui traînent actuellement dans les marécages de la lourdeur. Jusqu’ici, la raison de cet engouement tenait dans les trois titres de l’EP The Cosmic Escape of Admiral Masuka sorti en 2011. Désormais, l’édifice vient s’enrichir d’un premier LP, The Eternal Drift’s Canticles, et de ses cinq titres qui ne viendront pas calmer ma propension à prendre systématiquement ce groupe pour exemple, loin de là même.

Bon, par où commencer ? La technique ? Okay facile : enregistré par les gaillards eux-mêmes et mixé par Tad Doyle (Tad, Lumbar, Brothers of The Sonic Cloth), cet album sonne de façon aussi chaleureuse que massive, sent la lampe à plein nez et dispose d’une dynamique assez folle qui montre la maîtrise que le groupe a de son attirail sonore et de la façon d’en disposer. Et s’il y a de la dynamique au niveau sonore, il y en a également énormément au niveau des compositions, quitte à désarçonner l’auditeur lors de premières écoutes qui marquent par certains riffs coup de poing mais qui laissent penser que certains passages sont un peu longuets. Foutaises mon ami, tu es juste face à des gars qui ont tout compris et qui arrivent à te raconter des histoires à l’aide de tronçonneuses et de marteaux piqueurs. On n’est pas habitués c’est sûr, mais de multiples écoutes révèlent la subtilité des arrangements et des structures d’un album conçu comme un parpaing à prendre dans son ensemble afin de lui rendre complètement honneur.

Il va me falloir maintenant m’arrêter sur les prouesses techniques et mélodiques du chanteur qui, comme sur l’EP, sont un des vecteurs de la force du groupe. Cette fois, c’est encore plus bluffant et maîtrisé, vibrant sur les parties en chant claires, et flippant sur les parties gueulées. On retiendra en particulier les espèces d’incantations qui clôturent Self-Inflicted Mutalitation et Jupiter’s Coven, complètement addictives. Et si tu t’inquiètes du départ de ce fameux chanteur récemment, sache que son remplaçant est tout aussi bon : au jeu de l’interprétation, la tournée récente de Verdun a en effet montré ses qualités comme celles du groupe, portant le niveau de la prestation à ce que j’ai vu de mieux dans le genre depuis la dernière tournée de Yob, et c’est peu dire. J’ai d’ailleurs l’impression de ressentir une certaine influence de Mike Scheidt et sa bande sur la musique de Verdun, surtout dans la capacité à allier rage et lourdeur et proposer alors un doom metal vivant et réellement méchant. Tant qu’on est dans les comparaisons, j’ai aussi pensé à Year Of No Light au niveau des ambiances et de la qualité des textures, ainsi qu’à Celtic Frost (époque Monotheist) / Triptykon pour les aspects omniscients et dévastateurs des sentiments exprimés.

Tu l’auras compris, The Eternal Drift’s Canticles ne fait aucun prisonnier et déroule le savoir-faire de Verdun avec majesté. Le secret doit sûrement résider dans le fait que les gars ne se prennent pas la tête et jouent leur musique comme ils l’entendent, piochant avec savoir-faire et talent dans les plus belles chapelles utiles à l’expression de leurs envies de désolation. On ne peut que leur faire la révérence, et apprécier à sa juste valeur cette œuvre impeccable.

Artiste : Verdun
Release : The Eternal Drift’s Canticles
Date de Sortie : 29/04/2016
Label : Throatruiner Records, Head Records, Lost Pilgrims
Acheter cet album