« Anti-Oppressive, Queer as Fuck Doom Metal from St. Catharines, Ontario. A band with two members and a lot of opinions. »

 

 

Voilà qui est dit. Vile Creature vient donc du Canada et met ses revendications (essentiellement pro-vegan et pro-queer) au moins au même niveau que sa musique. Et si on a rien, au contraire, contre le message (que l’on aimerait bien voir s’extirper un peu plus de la scène punk/crust des squats pour contrebalancer l’apolitisme et la banalisation de l’extrême droite dans la scène métal), on est ici pour te parler de ce qui ressort en termes de décibels de la paire formée par KW (guitare, voix, que tu as déjà pu entendre dans Mose Giganticus ou Two Funerals) et Vic (batterie, voix). Et Cast of Static and Smoke, le deuxième long format proposé par celle-ci, mérite amplement qu’on s’attarde un minimum sur lui.

Forcément, dans un duo, les apports des deux composantes sont clairement identifiables, et l’ensemble ne fonctionne que si l’imbrication des deux personnalités et des deux sonorités est totale. Il est donc l’heure des présentations approfondies. À ma droite se trouve la guitare, crade et puissante, boostée pour avant tout remplir le spectre et faire remuer les entrailles, et il faut dire que le résultat est clairement là. Les potards sont au maximum de leurs possibilités et ça se sent, de même que le couplage entre ampli basse et ampli guitare permet de garantir à la formule sa force. En face se trouve la dame en charge des coups de massue, celle qui, pour la petite histoire, s’est formée à l’exercice dans l’objectif pur et simple de créer ce duo. Et si son jeu de batterie sert comme il faut le propos, sans en faire plus, c’est avant tout ses hurlements bestiaux, tendrement situés entre ceux de Indian et ceux de Thou, qui retiennent l’attention, tant ils respirent l’honnêteté et filent direct dans le bide. L’alternance des deux chants permet d’ailleurs à chacun d’eux de ne jamais perdre de leur impact au fil de leurs interventions.

 

 

Comme te l’a montré le live ci-dessus, l’alliance respire la véhémence et l’absence de compromis, tel qu’on l’apprécie chez un groupe comme Primitive Man. La finesse n’est pas la qualité principale de ce duo avant tout porté par l’énergie de ses convictions et l’envie de bousculer les chaumières, ensemble. Et pourtant, de la finesse il y en a dans ces enchaînements qui au final coulent de source, comme sur ce Forest, Subsists as a Tomb où le rythme s’intensifie avec joie au fur et à mesure du morceau, et où l’harmonie s’enrichit mine de rien. Tout le monde n’est pas capable de te tenir aussi bien en haleine, et de savoir rebondir d’un riff à un autre avec tant de facilité. Cette aptitude m’aura par moment fait penser à celle que l’on peut conférer sans hésitation à Yob, ce qui est dans ma bouche un des meilleurs compliments que je puisse adresser à un groupe s’entêtant à se la jouer doom. Car c’est bien de ça qu’on parle ici, d’un doom/sludge poisseux et méchant, qui prend quelques heureuses racines dans le côté racaille du hardcore, d’autant plus quand le chant de Chris Colohan (Cursed, Sect) vient prêter main forte sur Water, Tinted Gold & Tainted Copper.

Derrière une grande rugosité de façade, les quatre titres qui forment les quarante trois minutes de ce disque plaisent avant tout grâce à leur versatilité, et leur capacité à se complaire dans un carcan sludge tout en étant assez ouverts pour que la redondance soit évitée. Pour ça, et parce qu’il fallait bien citer d’autres duos, on pense plus à Eagle Twin (en plus basique tout de même) qu’à The Body (qu’on a, pour le moment, bien du mal à apprécier il est vrai). Pas sûr que l’on se souviendra forcément de ce disque à la fin de l’année, mais les multiples écoutes qui ont conduit à cette chronique ont toutes été un plaisir, et la jouissance exprimée par le duo à se déchaîner sur ces plages lentes et malsaines nous aura le plus souvent conquis. On espère désormais que leur activisme et leurs concerts de plus en plus nombreux de l’autre côté de l’Atlantique leur permettront de venir nous adresser un de ces quatre un petit coucou qui ne serait pas de trop.

Artiste : Vile Creature
Release : Cast of Static and Smoke
Date de Sortie : 07/03/2018
Labels : Halo Of Flies, Dry Cough
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