Ça fait déjà quelques années qu’on connait Vincent Dupas. Le nantais est en effet un musicien qui traîne depuis une quinzaine d’années dans le musique game franquais, avec notamment le projet de rock furieux Fordamage mais surtout avec son projet qui m’a toujours le plus touché, My Name Is Nobody, dont le dernier album, The Beast In My Name Is Nobody, un live-in-studio en forme de rétrospective, m’avait énormément marqué.

Vincent Dupas, cependant, est cette fois-ci de sortie sous son seul nom. Et bien que l’on retrouve sur cet album des musiciens qui avaient déjà joué avec lui auparavant (Hugo Allard des Von Pariahs et le génial batteur Pierre Marolleau, entendu chez Fat Supper et We Only Said), l’album est clairement, dans sa démarche, son son, l’occasion d’une évolution de sa musique. La synthèse de rock 90’s et de folk classique et classieuse est encore là, mais surtout, c’est l’occasion pour Dupas de livrer, plus que jamais, un vrai et authentique album de chansons, qu’on pourrait définir comme « plus pop » que par le passé, bien que pour moi, l’aspect moins rugueux de ces 9 nouvelles chansons n’est pas tant à définir comme « pop », mais comme autre chose, une vision plus large de sa musique, une vision forcément plus intime et apaisée.

En témoigne deux choses. D’abord, évidemment, le chant en français, qui est présent sur une bonne partie de l’album, est un pari réussi, et certaines chansons écrites dans la langue de Bernard Tapie se révèlent être les plus belles chansons du disque. Il n’est pas forcément aisé de quitter l’anglais pour écrire des chansons, et Dupas éclate toutes mes attentes avec des chansons magnifiques et absolument pas ampoulées, notamment « L’Hiver », premier single qui m’avait enchanté, et le beau et doux « Mon Pays », en duo avec Nona Marie Invie (entre autre membre de Dark Dark Dark). Également, Longue Distance, comme son nom l’indique presque, sonne pour moi comme un appel au voyage dans une forme métaphorique, un appel au changement et au départ vers d’autres cieux. Les chansons parlent du vent, du temps qui passe, s’appellent « Distance » ou « Boxer le vent », et la musique qui habille les paroles est une musique de grands espaces, une musique légère et en même temps très sérieuse à la M. Ward, auquel je pense beaucoup en écoutant l’album. J’ai même eu l’occasion de songer à un petit côté Dominique A sur « De Si Haut ».

Pour autant, Vincent Dupas garde les pieds sur terre : Ses héros restent Yo La Tengo, Lou Barlow. Près de la moitié des morceaux sont encore écrits en anglais, et certains morceaux ne se retiennent pas pour faire gueuler les guitares, notamment « Distance », un des meilleurs morceaux de l’album, morceau au long cours qui, au bout de ce qui semble être quelques instants, plonge dans un univers ultra-noise, entre guitare dissonante et section rythmique quasiment psychédélique – et le tout, par miracle, sans jamais jurer avec le reste du disque! Bref, il y a pas mal de choses sur ce Longue Distance, et la mue de Vincent Dupas n’est pas aussi brutale qu’on pourrait le croire. Même le chant en français n’est d’ailleurs pas forcément l’occasion de partir dans des délire franchement « variétoche », mais plus une façon d’approcher différemment l’art de l’écriture et de la composition.

J’avais déjà parlé, pour le dernier album de My Name Is Nobody, de rock « libre ». Cette expression un peu vague reste pourtant pour moi la meilleure façon de définir la musique de Vincent Dupas. Celui qui a toujours été une des plus belles définitions du folk-rock sur le territoire hexagonal livre ici son disque le plus sincère, refusant la posture et se laissant aller vers des territoires musicaux toujours plus élégants.

Longue Distance est sorti le 8 Mars sur Mus’Azik / Differ’Ant.