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Avec un Ganglion Reef absolument brillant sorti en 2014 (sorti sur God?, structure de Segall appartenant à Drag City), et un Golem (sorti sur In The Red) plus long en bouche mais tout aussi appréciable sorti en début d’année, on ne peut s’empêcher de penser, dans le chant, les riffs black-sabbathiens, l’ambiance parfois un peu barrée, à l’empereur actuel du rock bourrin californien. Il faut quand même dire que l’ami Cory Thomas Hanson n’est pas vraiment un nouveau dans le domaine : le gusse à déjà prêté main-forte à Segall donc, mais aussi à Mikal Cronin et à Together PANGEA, groupe déjà chroniqué dans nos pages. Hanson est donc un gros concurrent dans le ring de l’hyperactivité, sortant en septembre un troisième disque en deux ans.

Et ce disque est, comme les précédents, génial. Wand se plonge dans un monde nouveau, celui des délires synthétiques qui puent les claviers pourris et les pédales d’effet dézinguées. Quasiment dream pop (!) par moments, l’album frôle le mauvais goût mais compense ses errances par un son franchement trippant. On n’attendait pas Wand sur ce terrain, et pourtant l’album se vit comme un fantastique rêve psychédélique, fait de formes étranges et de couleurs inconnues, à l’image de sa pochette. De ce point de vue là, l’instrumental Dovetail, surprenant mais fascinant, et surtout la pop sous amphets de Stolen Footsteps sont de vraies bombes, réacteurs permettant l’entrée dans un autre état d’existence.

Ne vous méprenez pas, ces moments de grosse marade ne sont pas non plus omniprésents : les synthétiseurs ne prennent qu’une petite place dans l’album, ne se révélant que sur une poignée de morceaux. La plupart du temps, Wand gère toujours aussi bien son Heavy Psych délirant et bourrin, ramenant sagement à la réalité l’auditeur. Les riffs cognent, la fuzz déboule, et les mandales se multiplient. Bref, si le tout est franchement plus foufou et pop, on n’en oublie pas de cogner sévère, en particulier sur un Little Dream qui n’aurait pas dépareillé sur Golem et un Sleepy Dog bien fuzzy.

À tout cela s’ajoute quelque chose de franchement appréciable : un songwriting renouvelé. Ce qui empêchait Hanson de se rapprocher de ses maîtres, c’était son écriture balourde et pas bien originale. Ici, sans doute aidé par une forte consommation de gazon afghan (et encore, je reste soft), il se permet quelques moments de grâce, où l’on se surprend à penser « putain, c’est beau ». C’est le cas des magnifiques 1000 Days et Morning Rainbow qui font partie de ces chansons trop rares ressemblant à des souvenirs.

1000 Days est un disque brillant, une énorme surprise de la part d’un groupe certes talentueux, mais dont on n’attendait pas de telles envolées. Toujours très long à s’approprier, l’album n’en reste pas moins incroyablement gratifiant, et confirme que Wand est destiné à faire partie des grands d’une scène californienne qui a rarement été aussi excitante.