Pour sûr, voilà un album sur lequel j’avais porté beaucoup d’attentes. Il faut dire que l’annonce de l’association de la puissance de Dark Buddha Rising au génie d’Oranssi Pazuzu ne pouvait promettre que de stupéfiantes étincelles certifiées « Made In Finland ». Mais d’abord, si on ne s’en tient qu’aux faits, ça fait déjà du monde sur le plateau, avec deux batteries, deux basses, trois guitares, deux claviers et un chanteur (si on ne compte pas les deux guitaristes qui se chargent également du boulot vocal). Et d’ailleurs, en croisant les membres des deux groupes déjà mentionnés, tu te retrouves par la même occasion avec des membres de Grave Pleasures, Domovoyd, Hexvessel ou encore Kairon; IRSE!, soit définitivement un line-up du tonnerre.

 

 


Waste of Space Orchestra est donc définitivement là pour mettre les petits plats dans les grands et se faire plaisir entre copains. Et nous faire plaisir, par la même occasion, en commençant par offrir un son qui ravira les oreilles de tout amateur de musiques puissantes. Les batteries sont belles à pleurer, les distorsions tapissent à merveille l’espace, tandis qu’oscillateurs et autre delays et reverb se chargent des finitions. Autant te dire qu’au niveau mur de son, on a affaire à un sérieux candidat.


Au niveau stylistique, l’album est aux confins d’un espace où les barrières ont volé en éclat pour former quelque chose d’aussi doom que de progressif, d’aussi metal que de psychédélique. Sur l’intro, on croirait même entendre le mariage entre l’éternelle lanterne que constitue King Crimson et l’excellente et actuelle formation jazz française Supersonic menée par Thomas de Pourquery. Sur Journey to the Center of Mass, on retrouve avec un plaisir non dissimulé la grosse orientation kraut-rock proposée par le dernier long format d’Oranssi Pazuzu, Värähtelijä (à défendre jusqu’à la mort). Ce morceau est d’ailleurs vraiment le bienvenu, car apportant un peu de répit dans ces 65 minutes de musiques souvent jouées tambour battant. Et si d’ailleurs on peut apporter un seul petit reproche au disque, c’est qu’il peut manquer parfois d’un peu de finesse, et qu’on a connu des compos plus évoluées dans le passé de nos petits chouchous. On sent que les mecs se sont retrouvés entre potes, ont improvisé, sont tombés sur de bonnes idées qu’ils ont exploité à fond avec toute la puissance de feu dont ils disposaient, quitte à stéréotyper un peu l’évolution des morceaux.


Ceci dit, je fais la fine bouche, car de subtilités le disque en regorge tout de même suffisamment. Par exemple, tu remarqueras que selon les phases ou les morceaux, la fonction de lead s’échange telle un relai, ce qui assure variété et dynamique à l’ensemble. On pense là encore à l’excellent Journey to the Center of Mass, ou à la première partie de Vacuum Head menée de main de maître par les basses et les batteries, avant de laisser les autres rentrer de concert dans une des plus belles explosions du disque. À un autre moment, ce sont les synthés qui sont à l’honneur (The Universal Eye), encore à un autre la voix (Wake Up The Possessor), quand ce ne sont pas les gros riffs des guitares qui constituent le socle du morceau (Seeker’s Reflection). Que ça soit en termes de composition que de mix, l’exercice n’est pas facile, mais sa réussite constitue vraiment la force du disque.

 

 


Si tu as déjà apprécié les formations qui constituent ce Waste of Space Orchestra, il y a peu de chances que tu n’éprouves pas de plaisir à l’écoute de ce Syntheosis dont on peut déjà parier qu’il marquera pour nous l’année. Il est en tout cas l’œuvre de musiciens accomplis qu’on pourrait écouter jouer toute la nuit tant ils font preuve de feeling et d’inventivité. On ressort de ce voyage repu, les oreilles encore bourdonnantes et la tête pleine de thèmes épiques un peu orientaux et complètement addictifs. L’impression qui domine est d’avoir devant soi une musique qui synthétise autant 60 années de musiques psychédéliques et progressives qu’elle n’ouvre la voie pour un futur qui, au moins avec eux, fait un peu envie.

 

Artiste : Waste of Space Orchestra
Release : Syntheosis
Date de Sortie : 05/04/2019
Label : Svart Records
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