Schmilco est l’album folk-pop de Wilco, là où Star Wars était leur album slacker pétaradant.

A peine plus d’un an après l’excellente surprise que constituait Star Wars (lâché gratuitement et par surprise sur les Internets par un beau matin de l’été 2015), revoilà Wilco tout beau (merci Joan Cornellà), tout doux (folk-pop, on te dit). Schmilco est conforme aux impressionnants standards du groupe : l’écriture est incroyablement maîtrisée, les arrangements sont parfois classiques, parfois pétris de tension électrique (Nels Cline, ce héros) mais toujours somptueux (Common Sense, Nope, Locator…) et l’ambiance est à la sobriété mais le disque reste d’une humeur reste relativement versatile; même le disque folk-pop de Wilco ne sera jamais complètement apaisé. Après maintenant plus de 20 ans de carrière, l’écoute d’un disque aussi solide donne l’impression que le groupe a perfectionné un tel savoir-faire qu’il peut usiner des pépites à la chaîne, sans lassitude ni baisse d’inspiration.

Il faut aussi noter que tout ce qui touche à Wilco aujourd’hui paraît mignon. De l’univers graphique du précédent album Star Wars (le chat qui cligne des yeux, tu te souviens?) à l’air de gros nounours tout doux du Jeff Tweedy papa quadra, en passant par le fait qu’il monte un projet avec son fils, sans oublier ce genre de prestations, le mail qu’ils ont fait parvenir aux téléchargeurs de Star Wars ou les interventions dans Parks & Recreation et ses câlins avec Nick Offerman, l’univers de Wilco est excessivement choubidou. Ce flirt avec le twee finirait presque par devenir agaçant si la musique ne demeurait pas si bonne, si l’artistique n’était pas toujours aussi pertinent. Et Wilco est aujourd’hui un peu à l’image de l’oeuvre de Joan Cornellà, qui illustre brillamment ce nouvel album vert-pomme : radical dans le propos, sous des abords chatoyants. Certes, Wilco n’offre pas de contrastes aussi déstabilisants que le meilleur de Cornellà, mais tu vois l’idée ; une coopération vraiment de bon aloi, en somme.

Wilco a beau être passé du stade de groupe esthète torturé et exigeant, qui s’est affranchi de la country par la radicalité comme l’avait fait peu avant lui Radiohead avec le rock 90’s, à celui de comfy doudou musical pour indie-trentenaire, il n’en reste pas moins que chaque album se démarque du précédent et se singularise dans l’absolu par un parti pris musical fort, et une excellence de toutes les pistes. Comme chez Radiohead, chaque disque n’a plus l’importance historique ni la criticité des premiers efforts, mais on continue à guetter leurs productions comme autant de boussoles qualitatives dans une production musicale toujours plus opulente et aux points d’ancrage troubles. En l’absence de leaders populaires évidents, de courant clairement identifiables et de phénomènes sociaux associés, on se cramponne aux tauliers et Wilco est rassurant à tout point de vue.

Alors voilà, Wilco est aujourd’hui ce groupe d’homme mûrs au savoir-faire imparable, qui ne prêche plus qu’aux convaincus mais qu’on écoute avec respect et attention, et Schmilco est leur énième réussite. Mais sache qu’il existe un terrain sur lequel Wilco excelle tout autant que le studio : la scène. Si tu n’as jamais eu l’occasion de les voir s’ébrouer devant tes yeux humides, ne les rate pas lors de leur prochain passage en Europe ; ce sera pour l’été prochain (mais probablement pas en Franque).