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Au moins, Will Butler, malgré son appartenance au groupe canadien, mettra plus ou moins tout le monde d’accord : que t’aimes ou pas, c’est parfaitement bourrin et bas du front. Présentations, d’abord : William officie chez Arcade Fire depuis les débuts du groupe. Frangin du plus ou moins leader Win Butler, il joue des percus, du clavier, deux-trois flûtes et participe aux chœurs. Si vous avez déjà vus Arcade Fire sur scène, même devant votre écran, vous l’aurez remarqué : c’est cet allumé qui se ballade à deux pas de la foule, déglinguant un tambourin en courant comme si sa vie en dépendait. Enfin, j’imagine que la plupart d’entre vous n’ont jamais vu un concert de Arcade Fire, mais pour les intrigués, ça donne ça :

Ainsi, Butler, tout autant que la cruche Chassagne, est un de ces clowns qui font que les shows d’Arcade Fire sont rudement impressionnants et appréciables, peu importe leur complaisance et leur exubérance. Et pourtant, c’est le dernier membre dont on attendait un album solo. Là ou le sympathique projet Bell Orchestre, qui compte deux membres du groupe, continue son petit bonhomme de chemin, et là où Win Butler se la coule douce avec l’ambassadeur Tumblr Bon Iver, on pensait que Will était un musicien insipide qui n’avait comme mérite que de se trouver dans un groupe qui avait du succès. Avec son premier album solo, Policy, il tente de nous prouver le contraire en 28 minutes, et y parvient presque.

Je ne pense pas que Policy soit raté, qu’il soit mauvais, même pas qu’il soit décevant. Seulement, Policy, autant le dire, c’est vraiment le bordel. C’est du grand n’importe quoi qui tient sur quatre accords de gratte et deux lignes de basse, et auquel on a greffé d’innombrables saxos, synthés, chœurs féminins bien cheaps et ringards. La seule plus-value de Policy est qu’il a été presque entièrement conçu par un seul homme. Au regard du produit final, on peut douter de la qualité du processus, mais bon, tant pis, on va faire avec. Parce que ça n’a pas grande importance que l’album soit un peu pauvre, qu’il soit con et boursouflé. De même, Butler a beau avoir une voix passe-partout et couvrir une demie-octave, il chante n’importe comment, et ça, c’est cool. L’important, c’est qu’on se marre bien sur Policy, que ça sorte des tripes, que ça implose et que le mélange de rock des 50’s, des 80’s, et du rock indé moderne fonctionne.

Pourtant, j’aurais du mal, cher lecteur amateur de rock destructuré et de Dark Ambient, à te recommander Policy. C’est un album dont l’interêt est tout à fait relatif, même si tu peux y trouver deux-trois perles (l’entrainante Witness, le délicat Sing To Me). Dans le genre, je te recommanderais plutôt la méthode Owen Pallett, qui semble se bonifier avec le temps. En revanche, si tu es fan de Arcade Fire et que tu veux savoir ce que vaut Butler frère, si tu veux t’offrir une marade pop-rock à bas prix, si tu n’es pas trop regardant sur les compétences de l’artiste, alors Policy est fait pour toi. Album insignifiant, et pourtant, album intéressant.