Wrong est un groupe récemment monté par d’ex-Kylesa, Torche et Capsule, basé à Miami. Une bande de mercenaires du sludge sudiste moderne, reconvertis dans le tribute band d’un genre nouveau.

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Soyons clairs : ce premier album Wrong du groupe éponyme est excellent. Du premier au dernier titre, il n’y a rien à jeter – c’est suffisamment rare pour être rapporté – et on sent immédiatement qu’on n’est pas face à des lapins de six semaines, et que ce matériel est façonné par des gens qui connaissent le métier. Mais, tout aussi brillant qu’il soit, n’est-il pas pour autant issu d’un réseau de contrefaçon parallèle ? Car il ne t’échappera pas dès les premières secondes du premier titre que la musique du groupe semble plagiée sur celle de Helmet – pour les plus jeunes : ce fantastique groupe de hardcore alternatif syncopé, auquel les 3/4 des groupes heavy et un brin tordus doivent une fière bretelle, sans forcément le savoir puisque son influence s’est maintenant diffusée sur plusieurs générations de groupes. Et il est amusant de constater que la bio de Wrong fournie par le label parle de « grunge 90’s et métal alternatif », de « noise-rock pour un nouveau millénaire » et autres façons de tourner autour du pot sans le nommer, alors que le groupe assume lui sa position : « ne plus jamais laisser quelqu’un être déçu qu’un groupe ne sonne pas comme Helmet » ; tout juste précise-t-il vouloir sonner plus « extrême ».

Absolument tout est pompé sur le groupe de Page Hamilton : les riffs à angles droits joués à 1 doigt, les dynamiques saccadées, les signatures rythmiques pas possibles, les soli atonaux, la voix, les mélodies rudimentaires, bref, TOUT. La copie est conforme, et pas une seule minute de ce disque ne surprendrait sur un album d’Helmet – et c’est peut-être là que le bât blesse, dans la mesure où Helmet sait parfois s’éloigner de son propre blueprint (cf. les titres les plus exotiques de Betty (1994), ou du dernier Seeing Eye Dog (2010)). On imagine les musiciens de Wrong affairés à compter les mesures en jouant, vider lentement des salles de déçus d’une musique si austèrement savante et mécanique, jouer In The Meantime tous les soirs, bref, exactement comme la troupe à papy Hamilton. Wrong tape même dans toutes les époques du Helmet original, du plus hardcore de Meantime (l’essentiel du disque) au plus mélodique et ralenti de Aftertaste (High Chair).

Franchement, je suis partagé sur ce disque. D’un côté, on est face à un disque réussi, blindé de bonnes compos jouées par un groupe de vieux briscards aux indéniables qualités techniques. De l’autre, la ressemblance avec Helmet est tellement travaillée jusque dans ses moindres détails techniques qu’elle confine parfois au plagiat pur et simple. Difficile de dire si ce résultat est spontané et désintéressé ou s’il est le résultat d’un travail assidu en vue de reprendre la franchise le moment venu (la retraite de Page Hamilton ne devrait plus tarder, puisque le gars a vaguement annoncé un prochain album d’Helmet mais approche mine de rien de la soixantaine), mais se pose la question de l’intérêt artistique de la démarche. On reste bien au-dessus du cover band, mais en-dessous d’un groupe creusant son propre sillon ; au même niveau en fait que Gruesome, le groupe hommage à Death. Ceci étant, rien n’empêche Wrong d’atteindre avec le temps le statut d’un Sunn0))), né à l’origine comme un simple groupe hommage à Earth, et devenu avec le temps et on ne sait quel artefact de civilisation, une curiosité à la stature de tête d’affiche dans les rassemblements de chevelus.

A l’heure où les mythes du rock disparaissent les uns après les autres sans qu’aucun groupe contemporain ne parvienne à prendre la relève en terme de crossover qualité + popularité, on peut malheureusement craindre que se développent à l’avenir ces groupes franchisés, qui joueront le répertoire fossilisé des légendes défuntes à des foules sentimentales incapables d’aller de l’avant, ou comme ici des émulations parfaites de chansons-étalons. Dans le cas de Wrong, c’est d’autant plus surprenant que Helmet est toujours en activité, même si les fans hardcore refusent plus ou moins de le reconnaître depuis que Page Hamilton a reformé le groupe en 2004, accompagné d’une bande de petites frappes interchangeables ayant l’âge d’être ses enfants.

Alors on fait quoi, on gueule, ou on headbangue ? Le mieux est comme d’hatitude de se laisser porter par la musique. Si elle te cause, tant mieux, c’est de la bonne came alors profites-en tant que y’en a. Si tout ça sonne vraiment trop faux à tes oreilles, passe ton chemin. Dans les deux cas : mieux vaut se préparer à la multiplication de ce genre de démarches, pour le meilleur ou pour le pire.