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Reprenons les choses où elles s’étaient arrêtées. Year Of No Light, avec la noirceur insondable et virulente d’Ausserwelt et le cauchemar magnifique de Vampyr, a désormais acquis l’expérience nécessaire pour, si ce n’est révolutionner, transcender le post core en lui redonnant sa puissance d’évocation depuis longtemps perdue. Du coup, les Bordelais étaient attendus au tournant pour Tocsin, album qui mérite amplement d’être approfondi pour en dégager ses pépites et déplorer ses errances.

Des premières écoutes de ce quatrième album c’est en effet plutôt la déception qui pointe le bout de son nez. A vrai dire, les deux premiers titres sont plus ou moins ratés car trop propres et peu surprenants. On ne s’attardera donc pas trop dessus, leur préférant les titres suivants, passionnants quand ils emmènent la musique de Year Of No Light sur des terrains sensiblement nouveaux sans pour autant lui faire perdre ses atouts majeurs.

Peut être un peu moins sombre qu’auparavant, celle-ci est surtout de plus en plus rêveuse, et a définitivement profité de l’expérience Vampyr. En se confrontant directement à l’art cinématographique qui inspire tant la scène post core, les Bordelais ont alors compris que dresser trop bien un portrait jusqu’à imposer une image trop précise dans le cerveau de l’auditeur n’apporte que peu d’intérêt à l’expérience. Au contraire, brosser un cadre total permettant la création du fantasme est un exercice hautement plus honorable, bien que plus ardu. On rentre donc dans Tocsin comme on rentre dans un Lustmord ou un Ben Frost, c’est à dire pour s’oublier complètement et interpréter chaque soubresaut de la musique comme un vecteur d’émotion et/ou d’imagination.

A ce jeu là, Desolation, en couplant la puissance de quelques accords épiques avec celle de l’hypnose doom, est la plus belle réussite du disque, devançant de peu le krautrock d’Alamüt qui clotûre l’épopée par une cavalcade impressionnante d’intensité. En fin de compte, c’est quand le son de Year Of No Light se fait le plus riche, merci aux chouettes arrangements de cuivres d’ailleurs, que la musique du groupe révèle tout son intérêt. Quand par contre elle mêle uniquement un gros riff à la Melvins avec quelques notes de guitare réverbérée comme sur le morceau éponyme, on se retrouve face à un espace bien trop fragmenté pour qu’il soit inspirant.

Tocsin est clairement une réussite, et ce à tel point que même ses erreurs lui donnent un certain charme et renforcent la beauté des quelques grands moments de musique qui surgissent ça et là. Vous imaginez maintenant bien le potentiel d’addiction d’une telle œuvre, vous êtes encore loin du compte.

Artiste : Year Of No Light
Release : Tocsin
Date de Sortie : 29/11/2013
Label : Debemur Morti Productions
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