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La possibilité à la sortie de Nord, que Year Of No Light puisse devenir autre chose qu’un groupe de post-core/screamo lambda de plus, ne m’avait en effet pas effleuré une seconde. Et en y retournant de temps à autres, je ne trouve toujours pas d’éléments qui auraient pu présager des paysages insondables et passionnants qui allaient nous frapper de plein fouet quelques années plus tard. Cependant, des changements de line-up et de « direction artistique » plus tard, les bordelais m’avaient, et c’est rare, fait ravaler mes insultes grâce à la noirceur hypnotique d’Ausserwelt et à un live au Hellfest l’année dernière, montrant une maîtrise absolue de la masse sonore et une cohésion sans pareil.

Pourtant, le coup de la musique de film pouvait sembler fumeux et faisait craindre que, galvanisé par les avis dithyrambiques dont il se fout au final certainement complètement, le groupe s’était pris pour une entité d’avant-garde que l’on adorerait à chaque nouvelle sortie, même si le résultat était plus vide que le dernier Cult Of Luna (bisous les copains !). Mais trêve de teaser à deux balles faisant croire à la lapidation imminente de ce Vampyr, car il est au final ici question d’un sacré tour de force qui conforte tout le bien que l’on pouvait à raison penser du groupe.

Enregistré en live dans leur fief de Bordeaux, cet album est le testament d’une tournée de près de deux ans où le groupe s’est frotté au chef d’œuvre de Carl Theodor Dreyer, se battant chaque soir pour retranscrire du mieux possible l’ambiance schizophrène et claustrophobe complètement unique du film. Avec une certaine pudeur et une grande retenue, Year Of No Light choisit donc le point de vue illustratif et décide avec raison de s’acoquiner avec un dark-ambient qu’on ne les avait vu que trop peu pratiquer. Les drones sont donc souvent au premier plan, ne laissant que quelques trous dans la brume pour entrevoir quelques belles et inquiétantes guitares, jusqu’au final voyant débouler de nulle part des adaptations de Hiérophante et Abbesse d’Ausserwelt jouées la rage aux dents avec un plaisir transpirant à chaque seconde, tant le fait d’illustrer la fin de cette dérangeante histoire semblait être une jouissance incomparable. Que les amateurs de gros riffs soient cependant rassurés, ils auront avant cela quelques occasions de se lécher les papilles, comme sur la reprise du thème principal du film surpassant de loin la version de Fantômas.

Mais si l’on apprécie les travaux actuels de Year Of No Light, c’est également en grande partie pour le son que la formation a réussi à créer, subtil et très complexe mélange de textures provenant des différentes sources (guitares, basse, synthé, laptop) qui sait être aussi abrasif que glaçant, autant chaleureux que plombant. Ici, on ne reprend pas les choses là où elles avaient été laissées. Par volonté du groupe de retranscrire le live, voire de par les contraintes imposées par ce dernier, le son de ce Vampyr est beaucoup plus diffus et stratifié que sur Ausserwelt. Moins compact, il fait resplendir ses différentes composantes de façon plus claire, ce qui sied parfaitement aux intentions de ces seize titres. Seize titres ??? Oui c’est un peu long, surtout sans l’image (pourtant très loin d’être indispensable à un plaisir intense soyons bien clair), mais se perdre dans une histoire sonore fourmillant de petits détails et thèmes n’apparaissant que selon l’humeur, est un plaisir trop rare pour que l’on se plaigne de sa durée. De même, se faire un petit peu chier avant de se manger un final dantesque ne rend ce dernier que plus puissant.


La confrontation à un film est un exercice bien difficile. Bien qu’il soit, et ce tout autant au niveau sonore que visuel, toujours plus intéressant que la plupart des concerts+Vj-ing qui pullulent actuellement, il restreint pourtant souvent l’expression du groupe dans une palette étroite d’émotions et de nuances, ce qui devient vite laborieux pour l’auditeur/spectateur. Parfois c’est le film qui est tellement relayé au second plan que tout intérêt est également perdu. Ici, le juste milieu est la plupart du temps atteint, constituant un accompagnement judicieux pour une redécouverte du film, ainsi qu’un véritable nouvel album s’installant dans la continuité du travail entrepris depuis bientôt cinq ans par Year Of No Light. Travail dont les avancées continueront de nous intéresser au plus haut point.

Artiste : Year Of No Light
Release : Vampyr
Date de Sortie : 07/05/2013
Label : Music Fear Satan
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