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Il y a des choses dans ce bas monde que je ne comprendrai jamais, et le cas Yob en fait parti. S’il était plutôt commun avant Atma de placer le trio emmené par Mike Scheidt comme une des fondations de la musique pachydermique, ce septième disque était au final passé assez innaperçu, car jugé trop complexe et labyrinthique. Mais, objectivement, Atma était une réussite sur tous les plans, et ce Clearing The Path To Ascend qui nous intéresse aujourd’hui, évolution directe mais importante du précédent, fait sûrement encore mieux.

Jusqu’à Atma (ou disons jusqu’à The Great Cessation), on pouvait en effet assimiler Yob à un trio de sludge stoner presque quelconque. Désormais, la patte est reconnaissable entre mille, et c’est avec délectation qu’on suit les pérégrinations du trio le long des quatre pièces qui partitionnent ce nouvel album, pensé de la première à la dernière note comme un ensemble cohérent. Cette cohérence, et la capacité qui va avec d’étirer une seule et même histoire sur tout un disque, Yob l’a longtemps cherchée et il aura fallu sept albums (celui-ci étant le huitième) pour que la recette soit parfaitement au point.

Pour arriver à un tel niveau d’achèvement, il est nécessaire de posséder son propre langage musical. Celui de Yob, qui s’inspire autant (voire moins) de celui de Neurosis que de celui de Morbid Angel, travail sur la répétition, et sur la manière de faire évoluer cette dernière avec l’intention. Si le jeu de guitare de Mike Scheidt, d’une rugueuse fluidité sans pareille, est la partie immergée de cette quête de puissance organique, la section rythmique désormais stable de Yob est tout aussi importante dans le maintien en vie d’un squelette si fourni. Il ne reste alors qu’à jeter ses trippes dans l’arène, et comme le montre le live ci-dessus, Yob n’a jamais été aussi déterminé et méchant, et ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre.

Une fois le langage défini et maîtrisé, un groupe est alors en mesure de proposer ce qu’il lui passe par la tête et notre appareil sensitif adhèrera (ou pas) et sera capble d’admettre toute nouvelle vision dans sa plongée. Si chacun des morceaux de ce Clearing The Path To Ascend possède des instants franchement fascinants (l’entrée du chant sur In Our Blood, bordel !), Marrow , qui conclut l’album, est l’exemple parfait d’un groupe qui t’emmène là où tu ne t’y attendais point, avec à la clé la plus belle des surprises, celle qui te laisse les yeux écarquillés et l’impression d’avoir découvert un plaisir inépuisable. Cette dernière pièce, sorte de long slow mélodramatique, entre nostalgie et passion, donne un sens à tout l’ensemble, apportant une éblouissante lumière sur la sombre marche que l’auditeur vient de parcourir. Sous une apparente simplicité, ces vingt minutes, qui resteront à coup sûr un des grands faits d’armes de la carrière des américains, justifient d’elles-mêmes tout ce que j’ai pu essayer de raconter ici : implication, inspiration, cohérence, personnalité, tels sont les mots d’ordre de Yob, et tels sont les pierres angulaires qui devraient guider chaque travail musical.

Respect éternel.

Artiste : Yob
Release : Clearing The Path To Ascend
Date de Sortie : 29/08/2014
Label : Neurot Recordings
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